Juin 2010: Lettre de Ahmed Hadjarab au Président Nicolas Sarkozy

June 2, 2010

2 juin 2010

A son Excellence, M. Le Président de la République, Nicolas Sarkozy

Concerne : HADJARAB Nabil, détenu à Guantánamo

Monsieur le Président,

Je me permets de vous écrire afin de solliciter l’intervention de votre Gouvernement dans le dossier de mon neveu, HADJARAB Nabil, né le 21 Juillet 1979 et actuellement détenu à Guantánamo.Nabil a été disculpé de toute charge en 2007 par l’administration Bush, et ses avocats ont tenté de vous joindre à plusieurs reprises, afin d’étudier la possibilité d’accueillir Nabil en France.

Je tente moi‐même depuis août 2009 de rentrer en contact avec vous à ce sujet ; toutefois, je n’ai toujours eu aucune réponse à ce jour et la question du retour de Nabil sur le sol français n’a donc toujours pas progressé.

Je vous demande respectueusement aujourd’hui de faire en sorte qu’un membre de votre cabinet entre en contact avec moi afin d’étudier une solution. Laissez‐moi, s’il vous plaît, vous rappeler les faits:

Je suis le frère du père de Nabil, Saïd Hadjarab. J’ai vécu en France depuis 1961 et suis un citoyen français depuis dix ans. Je n’ai jamais été au chômage, j’ai toujours travaillé dur, et ma joie aujourd’hui est d’avoir des enfants qui réussissent tous bien dans la vie.Toutefois, je suis extrêmement inquiet du sort de mon neveu, Nabil. Après le décès de son père en 1992, Nabil est un peu devenu mon sixième enfant. Je lui ai apporté un soutien moral et financier, tandis qu’il vivait en Algérie.

Pour Nabil, la dignité humaine est une valeur importante, tout comme elle l’est pour notre famille également. Je n’ai jamais pensé qu’il pourrait commettre un acte malveillant. Ses avocats m’ont dit que Nabil a été victime d’une erreur d’identification et qu’il est clairement établi depuis 2007 que Nabil ne présente aucun danger pour la Société. En dépit de cela, il demeure à ce jour confiné dans une minuscule cellule d’acier, sans fenêtre, sans bénéficier d’aucun accès à la lumière naturelle, d’aucun divertissement ni d’aucun soin. Cela me semble inhumain.

J’aimerais sincèrement que Nabil puisse être enfin libéré de Guantánamo et transféré en France, afin de pouvoir y reconstruire sa vie. Je sais que cela représente son plus grand espoir. C’est en effet en France qu’il a passé la plus belle période de sa vie. Il a passé ses années d’enfance près de Lyon, ou il allait à l’école. A l’époque, il se sentait aussi français que ses camarades.

Bien qu’il possède la nationalité algérienne, Nabil n’a aucune famille en Algérie qui soit en mesure de s’occuper de lui ou de le soutenir, tandis que je pourrais personnellement aller le voir tous les jours et l’aider, si seulement on lui donnait une chance. Je sais que Nabil est un garçon travailleur, comme son père, et qu’il rendra à la France ce qu’elle saura lui offrir. Nabil connaît déjà bien la culture française, pour avoir passé les meilleures années de son enfance en France. Il parle également couramment le français. Le garde de sa prison n’hésite pas à déclarer que Nabil est un « jeune homme charmant».

Ce que je vous demande aujourd’hui, Monsieur le Président, je sais que cela représente beaucoup. Toutefois, il me semble, à moi, que ce geste de la France en faveur de Nabil, serait normal. En effet, le père de Nabil a su, lors de son vivant, rendre de grands services à la France. Il a servi pendant 28 mois dans la guerre contre l’Algérie. A l’époque, il était français, et n’a pas hésité à se battre contre ses propres frères Algériens, pour défendre les couleurs du drapeau du pays qu’il considérait comme le sien : le drapeau bleu, blanc, rouge.

Des années après la guerre, Saïd avait encore du mal à en parler. Il a vu ses amis mourir devant lui, il a failli lui‐même perdre la vie dans des embuscades. On pouvait l’appeler jour et nuit. Il n’a jamais dit non. Comme moi, il était gaulliste et a même servi la garde du Général de Gaulle lors de son passage en Algérie. Sa contribution a été honorable. Saïd n’a jamais rien demandé pour lui. Comme moi, il a travaillé dur toute sa vie, loin de son fils qu’il ne pouvait pas élever. Je sais bien qu’aujourd’hui, s’il était encore là, il vous demanderait ce que je vous demande moi‐même aujourd’hui, en son nom.

Il me semble bien également que si le Général était encore là aujourd’hui, il aurait accueilli favorablement ma demande. Sans doute aurait‐il pensé que son père ayant tant servi la France, il était difficile de considérer Nabil comme un inconnu. Je pense qu’à ma demande, il aurait dit «oui».

Aujourd’hui, je demande de l’humanité aux Etats‐Unis, et de la gratitude la France. S’il vous plait, libérez Nabil et accueillez‐le en France.Je mets tout mon espoir dans cette lettre et espère sincèrement que vous saurez y répondre favorablement. Je vous en remercie par avance.Je vous prie d’accepter, Monsieur le Président, l’expression de ma plus haute considération.

Ahmed Hadjarab