Motion pour mettre fin à l’alimentation forcée à Guantanamo

July 1, 2013

Motion pour mettre fin à l’alimentation forcée à Guantanamo.  Cinq détenus déclarés libérables demandent au tribunal de faire cesser le gavage

Les détenus à Guantanamo grévistes de la faim ont soumis une motion au tribunal fédéral américain demandant de mettre fin à l’alimentation ainsi qu’à la médicamentation forcées qu’ils subissent.

La motion a été signée par Nabil Hadjarab, qui demande à la France de l’acceuiller, ainsi que Shaker Aamer, Ahmed Belbacha et Abu Wa’el Dhiab, tous déclarés libérables. Elle a été déposée ce dimanche auprès du tribunal fédéral à Washington D.C., par l’organisation juridique Reprieve représentante légale des détenus, ainsi que par leur co défendant Jon Eisenberg. Cette motion demande au tribunal de mettre fin à l’alimentation forcée dans le centre de détention, ainsi qu’à la médicamentation forcée des détenus, notamment l’administration de Reglan. Ce médicament utilisé durant le processus de gavage peut, à long terme, entrainer de sévères dommages neurologiques, l’un des effets secondaires est similaire à la maladie de Parkinson.

Dans une déclaration accompagnant cette motion, Ahmed Belbacha, nourri de force quotidiennement, écrit : « C’est ma décision, libre et indépendante que de participer à cette grève de la faim…la grève de la faim est le seul moyen qu’il me reste de protester pacifiquement contre ma détention indéfinie. » Nabil Hadjarab, aussi nourri de force, dit : « Je ne souhaite pas mourir, mais j’accepte et j’assume cette éventualité. Tout ce que nous demandons c’est qu’on nous laisse le choix de nous nourrir ou non. »

L’utilisation de Reglan est recommandée dans le mode opératoire standard (Standard Operating Procedure), où les méthodes de gavage adoptées par les américains sont détaillées.  Le mode opératoire standard a été récemment divulgué à la chaine Al Jazeera. Des études médicales menées sur ce médicament ont établi une corrélation entre le Reglan et la dyskinésie tardive, un trouble défigurant, potentiellement irréversible qui provoque des mouvements involontaires du visage, de la langue et des extrémités du corps.

Les détenus entament leur sixième mois de grève de la faim à Guantanamo. Parmi les 166 hommes encore détenus dans la prison américaine – dont 86 ont été déclarés libérables – on estime à 120 le nombre de grévistes de la faim qui protestent contre leur détention indéfinie. Bien que les chiffres soient révisés régulièrement, les autorités américaines déclarent aujourd’hui nourrir de force 44 détenus. Le premier ministre britannique David Cameron a récemment évoqué avec le président Obama le cas de Shaker Aamer. La ligne officielle du gouvernement britannique étant que Shaker Aamer devrait revenir auprès de sa famille, à Londres. Il est toujours détenu.

Cori Crider, directrice stratégique de Reprieve et avocate de ces quatre plaignants déclare : « Après presque douze années d’oubli, la seule chose qui reste à mes clients est la dignité fondamentale de choisir ce qui  va dans leur corps. Que l’administration militaire américaine les prive de ce dernier droit est consternant. C’est pourquoi tout le monde, du président de l’Association Médicale Mondiale au président Obama condamnent l’alimentation forcée. Nabil et les autres prisonniers ont besoin qu’Obama se réveille face à cette crise à Guantanamo, qui sera la pire qu’il aura à affronter durant sa présidence. L’Histoire étudiera de près les conditions de traitement de ces hommes. »

Jon B. Eisenberg, avocat en appel à Oakland, Californie, qui travaille avec Reprieve sur cette motion a dit : « L’alimentation forcée des détenus est inhumaine, c’est une violation de l’éthique médicale. Lorsqu’on y a recours dans le but de garder en vie des détenus de Guantanamo, pour qu’ils puissent continuer à être détenus indéfiniment, sans aucune perspective de procès, c’est tout simplement grotesque. Le Président Obama a lui-même condamné l’alimentation forcée mais il n’a pas jugé bon de l’arrêter. Ses actes ne sont pas à la hauteur de sa rhétorique enflammée. »

FIN

Note aux éditeurs

    Pour plus d’information, et pour le texte complet de la motion et des déclarations qui l’accompagnent (en anglais), veuillez contacter Donald Campbell au bureau de presse de Reprieve : donald.campbell@reprieve.org.uk / +44 (0) 207 553 8161 ou Polly Rossdale (francophone) polly.rossdale@reprieve.org.uk. Reprieve, une organisation caritative juridique, utilise le droit pour faire respecter les droits humains des détenus, dans le couloir de la mort comme à Guantanamo. Reprieve enquête, fait appel aux tribunaux et informe, travaillant en première ligne pour offrir un soutien légal aux prisonniers qui n’ont pas les moyens d’obtenir un tel soutien autrement. Reprieve promeut de droit à travers le monde, garantissant le droit de chaque personne à un procès équitable, et sauvant des vies. Clive Stafford Smith, le fondateur de Reprieve, a travaillé durant 25 ans pour des détenus dans le couloir de la mort aux Etats-Unis. Suivez Reprieve sur Twitter : @ReprieveUK; si ce communiqué vous a été transmis par une tierce partie, rejoignez notre liste de diffusion presse