Septembre 2010: Requête publique d’Ahmed Hadjarab auprès de l’Etat Français

September 15, 2010

Suite au refus de l’Etat Français d’accueillir en France le détenu de Guantánamo Nabil Hadjarab, son oncle et citoyen français, Ahmed Hadjarab, demande aujourd’hui à connaître les raisons de ce refus. Il transmet également son souhait au chef de l’Etat de prendre une décision définitive tenant compte de tous les aspects du dossier.

Il déclare:

Mon nom est Ahmed Hadjarab. Je suis l’oncle paternel de Nabil Hadjarab, actuellement illégalement détenu à Guantánamo depuis 2002. En réponse à la déclaration du 10 septembre de Mme Christine Fages, porte-parole du Ministre des Affaires Etrangères, selon laquelle la France n’accueillera pas mon neveu dans ce pays, je demande respectueusement à connaître les raisons expliquant cette décision et demande à l’Etat Français de revoir sa décision au plus vite. Je garde bon espoir que M. Sarkozy prendra sa décision définitive en ayant pris en compte tous les aspects de ce dossier.

Les avocats de Nabil m’ont informé que l’administration Bush a entièrement disculpé mon neveu depuis 2007. Nabil a des liens serrés avec la France, où il a passé son enfance. Etant donné le service honorable que son père a rendu à la France durant la guerre d’Algérie, tout comme celui de son grand-père, ancien vétéran de la première Guerre Mondiale, je ne comprends pas pourquoi il ne peut pas être accueilli ici. Je peux certifier que Nabil est français, non par son passeport, mais certainement par son histoire.

L’histoire de Nabil me renvoie au jour où je suis devenu citoyen français. Je n’ai jamais oublié le moment où j’ai reçu en 1998, mon certificat de réintégration dans la nationalité française, signé par le Premier Ministre de l’époque M. Lionel Jospin, et la Ministre de la Solidarité et de l’Emploi, Mme Martine Aubry.

Il était accompagné d’une lettre chaleureuse du Président M. Jacques Chirac, qui écrivait à l’époque:

“Je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue dans notre communauté nationale. Vous lui apportez vos forces, votre culture, votre histoire personnelle. Vous partagerez ses lois, ses valeurs, ses usages et ses coutumes, tout ce qui fait de la France une république forte, moderne et vivante”*

Mon « histoire personnelle » est celle d’un homme qui a travaillé dur toute sa vie, sans jamais s’arrêter. Mon « histoire personnelle » est aussi celle de ma famille et de ses racines françaises, à laquelle a appartenu le frère que j’aimais, le père de Nabil, Saïd Hadjarab, aujourd’hui décédé. Il a vécu et travaillé en France jusqu’à sa mort ; il a aussi combattu courageusement pour la France, au service du Général de Gaulle, durant la guerre d’Algérie. Mon père, le grand père paternel de Nabil, était également un ancien combattant de la première Guerre Mondiale, dans le contexte de laquelle il a combattu trois ans dans les tranchées, pour la France.

Tristement, mon “histoire personnelle” est à présent celle d’un homme qui s’angoisse jour et nuit sur le sort de son neveu, Nabil, que je considère comme mon propre fils.

Aujourd’hui, je me sens humilié par le refus de la France d’accueillir mon neveu. En dépit de mes nombreux efforts pour entrer en contact avec l’Etat Français, personne n’a pris la peine d’écouter ce que j’avais à dire. J’ai appris la nouvelle du refus à travers les avocats de Reprieve, qui s’occupent du dossier de Nabil. Eux-mêmes ont appris la nouvelle par la presse, sans avoir été consultés.

Prendre une décision aussi importante, sans faire le moindre effort pour me contacter, me donne l’impression de ne compter pour rien. Pourquoi la France ne peut-elle pas tenter d’aider ma famille, après tout ce que nous avons fait pour ce pays ? Le père de Nabil a travaillé dur et il est mort avant même d’avoir touché le premier mois de sa retraite. Après tout ce que son grand-père et son père ont fait pour la France, pourquoi Nabil, qui vient d’une famille de vétérans français, doit-il être traité de manière aussi injuste ? Pourquoi aujourd’hui le considère-t-on comme un inconnu ?

M. Sarkozy dit que “la nationalité française se mérite” et qu’ «il faut pouvoir s’en montrer digne ». Je pense faire partie, comme ma famille, de ceux qui ont montré, tout au long des années, qu’ils étaient dignes d’être français. Nous avons vécu une vie honorable. Nous ne brûlons pas les voitures. Nous n’insultons pas les gens. Nous sommes inconnus des registres de police. J’ai reçu une médaille d’honneur pour le travail que j’ai accompli. Je suis fier de mes enfants qui font tous des études supérieures. Ma famille est l’exemple concret de ce que M. Sarkozy souhaite avoir en France: des immigrés qui travaillent dur et qui élèvent leurs enfants dignement.

Après tout ce que le père de Nabil a fait pour la France, Nabil mérite d’être accueilli ici. Je n’ai aucun doute que, si on lui donne une chance, mon neveu saura représenter la France dignement.

J’ai vécu dans la liberté. Je me suis efforcé de vivre à égalité avec les autres citoyens français. Je demande aujourd’hui à la France un signe de fraternité.

S’il vous plaît, accueilliez mon neveu, Nabil Hadjarab, en France. Il est le fils issu de vétérans français: rendez-le à la famille à laquelle il appartient.

Commentaire de Cori Crider, directrice légale de Reprieve:

Reprieve ne comprend pas la position officielle du gouvernement francais dans le dossier de Nabil Hadjarab, dans la mesure où personne ne nous a contacté directement, pour nous expliquer les raisons du refus d’accueillr Nabil Hadjarab en France. Celui-ci a été disculpé de toute charge par l’administration Bush en 2007, et il n’existe aucune raison légale ou sécuritaire justifiant une telle décision. Si toutefois quiconque avait la moindre interrogation, pourquoi ne pas nous en parler, ou mieux encore: pourquoi ne pas parler directement à Nabil? Il sera heureux de répondre à toute question des services de sécurité.

Commentaire de Polly Rossdale, coordinatrice de la mission La Vie Après Guantanamo:

La France a été généreuse d’accueillir deux anciens détenus de Guantanamo qui n’avaient pas la nationalité française. Toutefois, certains de ses voisins européens en ont accueilli bien plus. Le Royaume-Uni a déjà accepté quatre anciens détenus étrangers, en plus de 10 citoyens britanniques. L’Espagne a accepté trois hommes qui n’avaient aucun lien avec ce pays et a promis d’en accueillir deux de plus. Nous espérons que la France saura montrer la même humanité que ses voisins européens.

Informations complémentaires:

Depuis l’ouverture de Guantánamo, environ 600 prisonniers ont déjà été libérés. Il restait 242 prisonniers à Guantánamo lorsque le président Obama a pris le pouvoir. Il en reste 176 aujourd’hui, dont plus de la moitié est, comme Nabil, aujourd’hui libérable. Parmi eux, il reste 8 algériens dont deux sont des clients de Reprieve (Ahmed Belbacha et Nabil Hadjarab).

A propos de Nabil Hadjarab:

Victime d’une erreur d’identification, Nabil a été lavé de tout soupçon par l’administration Bush depuis 2007. En vérité, il n’avait jamais même été formellement inculpé d’aucune charge. Nabil n’a jamais participé ou assisté à un camp d’entrainement, ni n’a eu de rapport d’aucune manière avec le terrorisme ; il a été vendu aux Américains en échange d’une simple prime, et transféré à la prison dirigée par les forces américaines, située à l’aéroport de Kandahar. Il a constamment rejeté les accusations portées contre lui: celles-ci étaient basées entièrement sur les interrogatoires et les confessions forcées d’autres prisonniers.

En dépit des souffrances qu’il a endurées, Nabil a eu un comportement exemplaire durant son incarcération à Guantánamo. Un garde de la prison l’a décrit à l’un de ses avocats comme étant “un artiste brillant, féru de football, et un jeune homme charmant”.

Aujourd’hui, Nabil Hadjarab fait face à un rapatriement forcé imminent en Algérie par les autorités américaines. Il a toujours exprimé son refus de retourner en Algérie et son désir de revenir dans le pays qu’il considère comme le sien: la France. Pas moins de 14 tentatives d’approche du gouvernement ont été entreprises, depuis le 12 mars 2008, par les avocats de Reprieve et par Ahmed Hadjarab, pour solliciter son accueil en France.

A propos de Reprieve:

Reprieve est un cabinet d’avocats anglais ayant le statut de charité. Nous nous attachons à faire respecter les droits des prisonniers incarcérés dans les couloirs de la mort et à Guantánamo, où nous représentons actuellement 23 prisonniers. Nous menons des enquêtes, prenons en charge les dossiers de défense des prisonniers qui sont dans l’impossibilité matérielle de payer leur représentation légale. Nous nous chargeons également de la réinsertion des prisonniers, qui, une fois libérés de Guantánamo, doivent apprendre à refaire leur vie après des années de détention illégale. Reprieve a été fondé par Clive Stafford Smith, qui défend la cause des prisonniers condamnés à mort depuis plus de 25 ans.

Pour toutes informations complémentaires: dossier de Nabil : http://www.reprieve.org.uk/nabilhadjarabfrance

Pour télécharger toutes les photos disponibles de Nabil, son père, son oncle, cliquer ici

Pour télécharger la requête vidéo exceptionnelle d’Ahmed Hadjarab (Juin 2010) auprès de l’Elysée, cliquer ici

Pour toute autre question ou interview de l’équipe légale de Nabil Hadjarab, contacter emmanuellepurdon@mac.com ou (00 44) 751 535 71 49