Septembre 2010: Lettre publique de Nabil Hadjarab au Président Nicolas Sarkozy

September 10, 2010

Nabil Hadjarab, un ancien résident français actuellement incarcéré à Guantánamo s’adresse au Président Nicolas Sarkozy: “S’il vous plait; Monsieur le Président, aidez-moi à retrouver ma dignité: Accueillez-moi en France”.

Dans une lettre personnelle adressée directement au Président de la République, Nabil Hadjarab, incarcéré à Guantanamo depuis 8 ans, s’inquiète du rapatriement forcé qui l’attend en Algérie et supplie le Président de la République de bien vouloir l’accueillir en France. Il écrit:

“Mes avocats m’ont informé qu’ils ne peuvent plus faire grand chose pour empêcher mon rapatriement immédiat en Algérie, bien que cela soit contre mon gré. En dépit de leurs efforts, j’ai bien vu que l’on ne pouvait pas obtenir grande aide des cours de justice américaines. C’est donc à présent vers vous, Monsieur le Président, que je me tourne, en espérant que vous saurez prendre en compte mon tourment et m’épargner le triste sort qui m’attend.

Je viens de passer huit ans en prison sans qu’aucune charge n’ait été retenue contre moi; en dépit de cela, les cours de justice n’ont rien fait pour empêcher l’administration américaine de me renvoyer contre mon gré là où ils le souhaitent, et sans que je n’ai aucune indication du sort que l’on me réserve. En Algérie, je n’aurai personne pour se soucier de mon sort. personne vers qui me tourner afin de m’aider à me remettre sur pieds, après toutes ces années difficiles. Je serai livré à moi-même, sans travail ni ressources.

Après tout ce temps passé dans l’isolement, je ne veux pas me retrouver demain plus seul encore, réduit à demander la charité. La valeur à laquelle je tiens le plus, c’est la dignité. Ma dignité d’homme, on me l’a enlevée pendant huit années, durant lesquelles j’ai subi des abus sévères et dont je ne souhaite pas parler. Aujourd’hui, j’ai besoin de votre aide pour qu’elle me soit rendue.

Monsieur le Président, peut-être pensez-vous que cela n’est pas votre problème, et sans doute avez-vous raison. Mon sort ne semble pas être quelque chose dont se soucient beaucoup les autorités américaines non plus. Toutefois, mon sort importe à des membres de ma famille, qui sont également des citoyens français. Mon père et mon oncle ont tout deux travaillé dur en France toute leur vie, et ont tout donné à ce pays. Ils ont accompli des tâches dures, sans jamais rechigner. Je sais que si l’on m’en donne la chance, je saurai être un citoyen modèle, et que je ne vous décevrai pas.

J’ai seulement besoin d’un coup de pouce. Après tant d’années passées loin du monde, tout seul, je n’y parviendrai pas. J’aurai besoin d’un peu de temps et de soutien. En France, mon oncle qui est à la retraite, propose de m’aider. Avec un peu de soutien, je sais que je pourrai me rétablir et reconstruire ma vie.

Pas moins de 14 tentatives d’approche du gouvernement ont été entreprises, depuis le 12 mars 2008, par le cabinet d’avocats Reprieve et la famille française de Nabil Hadjarab, sans qu’ils ne parviennent à obtenir de position officielle.

Dans sa derniere lettre envoyée au Président, en juin dernier, l’oncle de Nabil Hadjarab, un citoyen français demandait au Président d’accepter Nabil en France, en hommage au service honorable que le père de Nabil, aujourd’hui décédé, avait rendu à la France et au Général de Gaulle durant la guerre d’Algérie. Il écrivait ainsi: “Il me semble bien que si le Général était encore là aujourd’hui, il aurait accueilli favorablement ma demande. Sans doute aurait‐il pensé que son père ayant tant servi la France, il était difficile de considérer Nabil comme un inconnu. Je pense qu’à ma demande, il aurait dit « oui ».

A ce jour, ni les autorités américaines, ni la France, n’ont apporté la preuve concrète d’un geste en faveur de Nabil.

La directrice légale de Reprieve, Cori Crider déclare: “Aujourd’hui, seule l’approche urgente et sensible du chef d’état pourrait encore faire une différence. Nous demandons à M.Sarkozy toute son attention. Il ne s’agit pas d’une question de justice, ni d’une question de droit, ou encore d’une question de sécurité. Il s’agit d’une question d’honneur et d’humanité.”

Polly Rossdale, en charge des dossiers de réinsertion des prisonniers de Guantánamo, a dit: “C’est beaucoup demander à des hommes qui ont subi des abus inimaginables pendant des années, de se prendre en charge seuls à leur sortie. Notre expérience, chez Reprieve, nous a montré combien l’amour et le soutien familial sont importants pour parvenir à réinsérer les prisonniers dans la société avec succès . La solution évidente pour Nabil, c’est qu’il soit rapatrié en France, où son oncle pourra s’occuper de lui et l’aider à se remettre en selle, afin qu’il puisse rattrapper le temps perdu”.